Undated 2012
Agora : nom féminin d’origine grecque qui signifie la place du marché, la place publique, m’indique le dictionnaire.
En somme, c’est le cœur de la Polis, avec un S, pas avec un CE
Le cœur battant de la cité
Là où se débattent les grandes questions qui concernent le NOUS
Là où se fabrique le JE collectif
Où se dessine le destin collectif

Pendant très longtemps, sous nos latitudes, ce mot a curieusement disparu de l’usage
Et bien sûr, de nos villes
Des villes gores
Des villes trous-noirs d’où aucune parole n’échappait

Par cette œuvre, je tiens à réinventer cet espace
Cet espace populaire où jadis les gens venaient échanger leurs marchandises, leurs récoltes, contre du blé ou de la semoule
Où les gens venaient échanger tout court
Se parler

Parler
Ce verbe avait disparu lui aussi de nos glottes
Nous étions bègues
Nous étions muets
A force de se taire
De ravaler nos colères
Et de parler la langue des formulaires

La parole publique était confisquée
La langue du peuple était cadastrée
Castrée
Cadenassée

Par cette œuvre, je tiens simplement à dire combien il est important pour la parole de prendre l’air
Pour rendre à l’espace public sa dignité
Pour rendre à la parole publique son espace
Son temps
Le temps collectif
Et au peuple
Son temps de parole

Car l’agora est le parlement populaire
Le parlement suprême
La république véritable est ici
Le nouveau contrat social se décidera ici

Ceci n’est pas un manifeste
Ni un mode d’emploi.
Juste une invitation à remettre en jeu ses propres expériences et émotions
À reconquérir sa vie et ses espoirs
Car j’ai la conviction qu’un autre monde EST possible !

Amina Menia

Tunis

Mai 2012

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